Chronique : Des diables et des saints – Jean-Baptiste Andrea
Collection Proche

En me baladant dans ma petite bourgade, un petit stop dans ma petite librairie préférée, et me voilà repartie avec la recommandation du jour de mon libraire : « c’est fait pour toi, bonne lecture ».
Ce roman m’a happée dès la première page. Jean-Baptiste Andrea déploie ici un récit à la fois bouleversant, lumineux, et profondément humain. La musicalité de ce roman a perduré dans mon esprit longtemps encore après avoir refermé le livre.
L’intrigue
On y suit Joseph, pianiste d’un certain âge, jouant dans les gares pour les voyageurs qui se pressent, pris dans leur rythme quotidien. Qui est Joseph ? Pourquoi s’installer ainsi chaque jour devant ce piano public ? C’est en remontant le fil de son passé que l’on découvre un orphelinat niché au cœur des montagnes. Alternant les époques, l’auteur tisse le fil de l’histoire d’une enfance cabossée, d’amitiés gravées dans le marbre, d’ombre et d’espoir.
Ce que j’ai aimé
Dans ce roman, l’alternance entre passé et présent rythme la lecture. Sans tomber dans la caricature, l’auteur nous fait vivre les déboires des enfants de cet orphelinat. La violence, la discipline, le froid, la solitude, se mêlent aux moments de joie volés, aux amitiés naissantes et puissantes. Il y dépeint la complexité de l’être, capable tour à tour de dureté, de douceur, de cruauté et de courage. On y ressent l’injustice sociale, l’isolement, et la résilience de ces enfants voulant vivre et espérer malgré tout.
J’ai particulièrement apprécié le style de l’auteur, empreint de poésie, dense, limpide. Chaque scène s’offre à vos yeux, tant la plume est visuelle. Jean-Baptiste Andréa possède la faculté rare de décrire des émotions complexes, qui posent une marque sur nous tout au long de la lecture. La dureté du quotidien des orphelins se mêlant à la beauté de la musique, crée un magnifique contraste, qui guide tout le récit. Le rythme est parfaitement maîtrisé, sans longueurs, très bien orchestré, nous tenant en haleine jusqu’aux dernières pages. L’auteur utilise le registre musical comme décor, mais également comme langage, comme moyen de communication implicite, comme un fil rouge qui sous-tend les émotions des personnages.

Les personnages, quant à eux, donnent également beaucoup de force à ce roman. Que ce soit Joe ou ses camarades, ils ont tous une profondeur bien établie. Aucun personnage n’est creux, et on s’y attache d’autant plus !
Jean-Baptiste Andrea dépeint également à la perfection l’empreinte que laissent les événements d’une vie sur la mémoire, la personnalité, et comment le vécu nous façonne. Comment porte-t-on notre passé en silence, la musique devenant un refuge dans lequel on transpire les souvenirs.
Ce que j’ai moins aimé
Le seul petit bémol que je peux apporter réside dans la soudaineté de certaines transitions temporelles qui peuvent paraître un peu abruptes, et la poésie peut se montrer être un peu insistante.
La citation
Ils étaient durs, ils étaient drôles, ils étaient sans victoires.
Mes amis.
Les soirs de tristesse, les soirs de vin aigre, je pense encore à eux.
Ce roman m’a donc laissé mélancolique, des images plein la tête, et une envie de serrer fort mes enfants dans mes bras, consciente de la cruauté du monde. Je ne suis pas totalement sortie indemne de cette lecture. Etant moi-même mère, musicienne, et sensible à la solitude que peuvent ressentir les personnes âgées, ce livre était vraiment fait pour me cueillir émotionnellement et c’est réussi.
Merci mon petit libraire. Je reviendrai, comme toujours.
Bande son de l’écriture :
Voici les morceaux qui m’ont accompagnée pendant que j’écrivais ces lignes.
🎵 I see fire – Ed Sheeran
🎵 K. – Cigarettes After Sex
🎵 Toxic – 2WEI
🎵 Million Reasons – Lady Gaga
🎵 Hold On – Chord Overstreet
🎵 Beautiful Things – Benson Boone
🎵 Knocking on Heavens Door – RAIGN
🎵 Bad guy – Billie Eilish
🎵 Where’s My Love – Acoustic
Tu peux retrouver la playlist de La tribu des lecteurs ici
